Lapsus Numérique #3 – « L’Amour 2.0 »

Edito par Théo LUCCIARDI

L’amour. Voilà une thématique à en faire rougir plus d’un. Qu’allons- nous chercher, dans notre cheminement contemporain, du côté de cette dimension de l’existence humaine si anciennement inscrite ? L’amour, ça ne se passe pas maintenant. Enfin, pas plus qu’avant. Et puis, pas plus qu’après. Ah oui ?
Une singularité viendrait alors de l’époque, dans une expérience de tout temps reconduite.
Nous nous aimons plus ? Nous nous aimons moins ? Non, c’est autre chose. L’amour prend les formes de son temps, et c’est bien ces formes – ces modalités – dont nous tâchons ici de témoigner.
Ainsi, séparés par un écran, les êtres aimants s’attirent. Il scrollent, ils swipent, à gauche, à droite, leur doigts suivent parfaitement la cadence. Une danse digitale. Algo-rythmée.
Permanente. Pourront-ils un jour se manquer, si ils sont toujours connectés ? Il paraît que maintenant, on peut même faire “ça” à distance, avec des objets qui reproduisent des pulsations d’untel, ou les contractions d’unetelle. Plus besoin de se rencontrer.
Y-a-t’il vraiment besoin d’un autre ? Si le Sujet se doit d’être auto-entrepreneur de lui-même, alors nul besoin de s’encombrer d’une variable difficilement ajustable. Autant ne pas prendre le risque. L’investissement pourrait ne pas être rentable, d’autant qu’il change avec le temps.
L’agir des corps ressemble alors à une prédation violente, où le plus fort aura la plus grosse part, et l’autre sera voué à le servir. Plus que normé, le sexe a trouvé sa logique. Fou celui qui ne s’y retrouve pas. Ou seul. C’est souvent la même chose.
Parce que Lapsus Numérique se revendique d’un engagement éthique qui se doit de faire acte, autrement dit d’entrer dans la danse, nous avons choisi d’emprunter une logique ternaire, celle qui apparaît comme la plus sûre pour nous faire entendre le dire des corps.
Dans un premier instant il nous faudra d’abord voir comment cette opération, où le 1+1 aurait un égal, semble illusoirement s’écrire dans notre vivre ensemble. Nous prendrons ensuite un moment pour comprendre de quoi ces coordonnées amoureuses actuelles sont l’effet. S’agit-il, somme toute, d’un leurre comme un autre, où le malentendu fondateur de la rencontre, l’erreur-sur-la-personne, se matérialise dans les chiffres du logiciel ?
Ou se pourrait-il que les enjeux soient plus grands ? Que cette modalité, cette forme de l’amour, n’en soit pas une mais son opposé ? Et quel discours serait assez efficace pour nous faire gober ça ?
Puis viendra le temps de conclure, comme souvent, sur les perspectives de subversion que nous offrent les arts, la poésie et la création. C’est en effet précisément à cet endroit que pourront se déployer dans toute leurs originalités les solutions contemporaines de l’équation.
Lectrice, lecteur, te voilà invité-e à valser avec nous.