Ainsi parlaient les Auteurs de Dystopies

Do Androids Dream of Electric Sheep? Ce ro- man dystopique classique (Philipe K. Dick, 1966) poserait-il la question de l’existence de l’inconscient chez les robots? Sans vouloir spoiler l’article qui suit, je vais déjà vous dire que je n’y crois pas, l’inconscient c’est (presque) la défini- tion de ce qui nous rend humain. Alors qu’est que ce programme, qui fait que les robots nous ressemblent ? J’ai une idée, je ne suis pas sûr que ce soit tout à fait juste, mais je peux vous la proposer aujourd’hui et vous me direz ce que vous en pensez…

Je crois que le premier film que j’ai vu avec les robots (plus ou moins intelligents) c’était TERMINATOR, ce robot qui devient de plus en plus humain en traînant avec John Connors et son fils, qui est lui même le père… mais bref, ce robot apprend au fur et à mesure à réagir comme un humain, ce qui le rend plus sympathique d’ailleurs. Mais les limites sont très facilement visibles, terminator est un programme qui exécute des tâches et qui assemble des données pour mieux s’adapter aux actions qu’il doit accomplir, est-ce comme ça qu’est définie l’intelligence artificielle ? Je ne sais pas.

L’autre film qui a marqué mon enfance a été BLADE RUNNER, l’adaptation du livre Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Dans cette histoire nous suivons Rick Deckard joué par Harrison Ford, qui dit reconnaître si un robot essaye de se faire passer pour un humain. C’est à travers des machines que le sergent – chasseur de robots – détecte des indices sur l’inhumanité mais c’est seulement son intelligence personnelle qui prend la décision finale, car même la machine ne peut pas détecter une autre machine… les machines humanoïdes dans le film ont été créés pour travailler dans des environnements hostiles aux humains, mais pour ne pas qu’elles ne prennent trop de pouvoir elles ont une date de péremption, une obsolescence programmée. Dans cette histoire fictionnelle l’auteur vient finalement recréer un inconscient synthétique chez les robots.

Ce que je trouve intéressant c’est donc ce que l’auteur veut nous faire passer comme message dans les dystopies. L’inconscient pour Ph. K. Dick est donc une série de souvenirs d’enfance qui viennent nous hanter de temps en temps, mais aussi une envie de vivre et de pouvoir transmettre ce que l’on a vécu à la génération suivante. Mais surtout tout au long de l’œuvre (le livre ou le film) nous emphatisons avec les robots, ils deviennent des personnages à part entière, des personnages presque humains ? Qu’est- ce qui fait que nous prêtons autant d’empathie à des machines qui réfléchissent avec des 0 et des 1 ? Rappelons-nous aussi de R2d2 et C-3PO ces « druides de protocole » dans la saga Star Wars qui devinent – le temps de quelques épisodes – nos amis. Ces robots humanoïdes n’ont pourtant pas formes humaines, mais ici les auteurs ont clairement positionné un esprit humain dans un corps de robot. La question de – quelle forme prend l’inconscient chez les robots ? – ici n’est pas posé. Le style de la science fiction permet de créer des personnages humains sous forme de robots. Alors que dans Blade Runner, le questionnement est différent : le personnage de Rachel se demande pourquoi elle a des souvenirs de son enfance alors qu’elle est un robot, et elle ne s’imagine même pas ne pas être humaine vu la complexité de sa pensée. L’auteur laisse la parole aux humanoïdes qui demandent « qu’est-ce qui fait qu’on est moins humains que vous ? »

Finalement les robots ne rêvent pas de moutons mais rêvent de moutons électriques. Ils rêvent oui mais un rêve autre. Un rêve artificiel ? Les IA tentent de construire une imitation de l’inconscient en fonction de la représentation des auteurs de fiction dystopique. Peut-on dire que la tentative de reproduction de la psyché humaine créer une forme d’inconscient numérique ? Si le rêve est la voix royale de l’inconscient (Freud, 1899, L’Interprétation des rêves), les rêves digitaux sont- ils un indice d’un inconscient numérique ? Non pas le même que l’humain, mais un inconscient bien particulier, entièrement créé par l’homme est qui permet à la machine de lui ressembler.

Car si nous partons du principe que la machine n’est pas vivante (cette hypothèse est quand même fortement probable) alors les auteurs de robots ne créecréent cet inconscient seulement pour que ces androïdes suggèrent de l’empathie face aux humains. Dans la scène finale (spoiler alerte) Roy Baty qui est le leader des répliquants renégats, raconte qu’en mourant, disparaissent avec lui tous ses souvenirs et expériences qu’il a vécu. Les robots de ce film sont des esclaves contemporains, peut-être la métaphore du travailleur des temps modernes de Chaplin ? Dans cette dystopie classique, les robots sont-ils représentatifs de la société de l’époque de l’écriture du livre?

Suite à quoi je me demande quelle est la représentation actuelle du robot dans les films ou séries dystopiques actuelles pour peut-être y entrevoir quelque chose de la société contemporaine. Dans la série Westworld le créateur de robot ajoute aux humanoïdes qu’il a construit un quelque chose en plus, oublié, mais pas complètement. Ces oublis reviennent de temps en temps sous forme de souvenir que l’auteur nomme : “rêveries” (le mot est utilisé en français dans la version originale). Ces moments refoulés reviennent sous forme d’angoisses et imprègnent la vie du robot. Est-ce cela qui le rend plus humain? Dans cette série les robots sont construits pour « divertir » les riches visiteurs du parc d’attraction WESTWORLD. Mais dans ce parc particulier, tout est permis, comme les personnages sont des robots, toutes les atrocités réprimées par des siècles de civilisation sont enfin autorisés. Alors que nos Androïdes rêveurs de moutons électriques étaient créés pour être de la main d’œuvre industrielle, les robots de Westword le sont ici pour être le support de la violence humaine.

Alors tout fonctionne bien dans ce parc des atrocités tant que les robots ont la mémoire qui est effacée tous les soirs, mais l’auteur de la série – à travers le personnage du créateur du parc – ajoute ces éléments qui reviennent même après que la mémoire ait étaient effacer.

L’auteur crée la révolution des robots, ceux qui se souviennent et qui veulent sortir de leur condition. Si cette série est encore une métaphore de la société qu’elle représente, que voudrait-elle nous dire ? Ce parc est construit pour que les personnes riches puissent assouvir le désir interdit dans la société sans condamnation possible et même peut-être sans culpabilité, alors nous pouvons imaginer que ces androïdes sont l’allégorie des citoyens dominés par les grandes compagnies du numérique ceux-là même qui voudraient nous transformer en robots oubliant. Mais tant qu’il y a de l’inconscient, et ses émergences, le libre arbitre humain ne pourra pas mourir.

La société peut nous proposer, tant qu’elle le veut, des objets de consommation allant jusqu’aux plus grandes profondeurs de ce que seraient nos fantasmes, la soumission volontaire a ses limites.